Écrit par MICHEL DELMOTTE

Samedi 4 décembre 2021, l’auditorium du Musée de la Grande Guerre accueillait un public nombreux sur l’invitation de la société des Amis du Musée. Sur un thème peu couramment abordé lors des évocations ayant trait au premier conflit mondial.

Nos intervenants François-Xavier de LARMINAT, le Premier Maître David MEURIC et Hervé LAMBERT Membre de la Société des Amis du Musée, nous ont évoqué la tragédie du MONGE. François-Xavier de LARMINAT est le petit-fils de l’épouse du Lieutenant de Vaisseau Roland MORILLOT qui commandait le MONGE en 1915.

Qui était Roland MORILLOT ?

Un enfant de la Marne, Roland MORILLOT né le 13 juin 1885 à Saint LUMIER-LA-POPULEUSE, son père Léon MORILLOT après avoir servi dans la Garde Nationale, deviendra un homme politique et député de 1889 à 1902, sa mère est Marguerite DUCROS.

Le 1er octobre 1901 Roland MORILLOT intègre l’École navale de BREST, en 1903 et 1904 il est élève de l’École d’Application des Aspirant il embarque sur le croiseur école Duguay-Trouin. Sa carrière va le mener sur différents navires.

En 1905 incorporé à la Direction navale de l’Atlantique, il rejoint le croiseur Jurien de la Gravière.

Croiseur Jurien de la Gravière

En 1906 il est promu Enseigne de vaisseau.

Puis sera incorporé à l’escadre de la Méditerranée :

En 1907 sur le cuirassé d’escadre République.

1909, le verra sur le navire école des élèves mécaniciens-torpilleurs basé à Toulon et dénommé l’Amiral Cécille. Il obtient son brevet d’Officier torpilleur.

L’Amiral CECILLE

Le 19 août 1913, Roland MORILLOT épouse Marguerite de MAROLLES fille du vice-amiral Louis de MAROLLES. Le mariage a lieu devant une importante assistance dont de nombreux membres de l’équipage du “Mirabeau”

Le premier conflit mondial éclatera moins d’une année après son mariage. Le lieutenant de vaisseau Roland MORILLOT commandera alors le sous-marin MONGE.

Les témoignages qui suivent évoquent cet officier patron de ce navire, « Quand il monta à bord pour la première fois à Toulon, certains furent surpris par son extrême jeunesse. Il avait vingt-neuf ans en juillet 1914, mais il en paraissait beaucoup moins. Des yeux bruns, parfois rêveurs, mais il était énergique et sut immédiatement se faire aimer et respecter par l’équipage et par son état-major. » Description du Commandant MORILLOT par le Premier-maître mécanicien Charles-Emile GARLANDAT, rescapé du Monge Extrait du témoignage publié dans le journal Cols bleus 22 janvier 1966

Lieutenant de vaisseau Roland MORILLOT

 « Nous ne formions à bord qu’un seul homme, l’équipage du Monge avait été forgé par un autre vrai chef, le commandant DUPETIT-THOUARS. Le Monge était un bateau d’élite, considéré comme le Coq de la première escadrille de sous-marin. » Extrait du témoignage de GARLANDAT Charles – Second-maître mécanicien publié dans le journal Cols bleus 22 janvier 1966.

Le Monge

Un sous-marin de type Pluviôse

Caractéristiques :

Longueur 51m12

Vitesse en surface 12.30 nœuds

Vitesse en plongée 8 nœuds

Immersion maximum en sécurité 35 mètres

L’équipage est de 24 hommes.

Le Monge est propulsé par 2 chaudières à vapeur de 360 CV et deux moteurs électriques de 225CV.

Son armement est composé de 4 tubes carcasses de 450 mm, 2 tubes Drzewiecki de 450 mm et 8 torpilles de 450mm.

L’entrée en guerre du Monge

A l’entrée en guerre de la France en 1914, le Monge est devant Marseille et guette les croiseurs ennemis. Le Monge part en remorque derrière le cuirassier Le Gaulois mais la météo est mauvaise. La remorque casse. Le Monge poursuit sa route seul. Malgré une avarie sévère. Il arrive à Bizerte.

A la suite du Pacte de Londres, le 26 avril 1915, le gouvernement italien signe un traité secret avec les représentants de la Triple-Entente. (France, Royaume Uni, Russie). L’Italie entre en guerre contre les Empires centraux en échange de substantielles compensations territoriales.

La bataille navale de la mer Adriatique et l’incident.

À la fin de septembre1915, les Alliés établirent le barrage d’Otrante, une tentative afin de bloquer l’entrée de la mer Adriatique par le canal d’Otrante. Les Allemands avaient alors déclaré une guerre sous-marine à outrance. Pour ce faire, ils enverront une flotte de sous-marins démontés et reconstitués sur place.

Le 20 décembre 1915, cinq destroyers autrichiens et le croiseur Helgoland sont à Cattaro afin d’empêcher l’évacuation de l’armée serbe. Au cours de la nuit du 28 au 29 décembre 1915, le Monge se dirige à petite vitesse vers le Cattaro. Arrivé en vue du port, des navires sont aperçus, le commandant donne l’ordre de la plongée et se place à l’arrière de l’ennemi et il sort le périscope de nuit.

Il ordonne alors de se préparer au lancement de torpilles. C’est alors que le Monge ressent un choc très violent. Une voie d’eau est ouverte. Le sous-marin pointe vers le bas. Le commandant lance « chassez partout » afin de permettre au sous-marin de se rétablir. Le navire remonte mais sans éclairage.

Une fois en surface, le panneau de la chaufferie est ouvert, les autrichiens ouvrent alors le feu. Un projectile créée une voie d’eau sur la coque près du périscope. Le bâtiment coule alors rapidement. Le commandant fait ouvrir les panneaux et donne l’ordre d’évacuation. Mais le panneau arrière est déjà sous l’eau et celui de la chaufferie est coincé par un projectile. Le commandant demande aux hommes de l’arrière de de porter à l’avant du navire et de sortir. Le Lieutenant de Vaisseau APPELL officier en second sort également pensant que le commandant suit.

Il se passe un peu de temps, le bâtiment disparait, le commandant n’est pas venu.

« Il n’a pas voulu quitter son bâtiment et est mort à son poste de commandement » Rapport du Lieutenant de Vaisseau APPELL

Roland MORILLOT laisse une jeune veuve et une orpheline née en son absence en févier 1915 qu’il ne verra jamais !

Le sauvetage de l’équipage.

Les voyants sortis, les Autrichiens cessent le feu. Ils nous recueillent dix minutes plus tard et nous traitent bien. Je ne sais pas comment les deux marins Goulard et Morel se sont noyés. Ils étaient sortis dans les premiers du sous-marin. » Rapport du LV APPELL, officier en second du MONGE au Vice-Amiral, chef d’État-Major Général 26 Février 1918.

Les rescapés sont sauvés par les canots de 2 torpilleurs autrichiens, le SMS Balaton et le SMS Csepel « Les hommes crient encore « Vive la France ».

SMS Balaton
SMS Csepel

La collision avec le HELGOLAND.

Le choc ressenti les personnels du Monge, ne serait pas dû à une attaque du navire autrichien, mais à une collision, le bâteau autrichien n’ayant pas été vu. Cela résulte du rapport du Lieutenant de Vaisseau APPELL.

     « Les Autrichiens m’ont dit que l’HELGOLAND filait 21 nœuds et nous avait abordés sans nous avoir vus. Ils étaient même persuadés, au début, d’avoir coulé un sous-marin allemand. »

La longueur du SMS Helgoland était de 130,60m. L’équipage était composé de 320 hommes et de 20 officiers.

« Le cap du MONGE est resté le même pendant toute l’attaque, S48E, cap qu’il avait en plongeant. Le commandant pensait avoir vu l’ennemi sur l’arrière. Je pense qu’il a voulu attaquer par tube orientable l’un des torpilleurs, mais n’a pas vu l’HELGOLAND qui était sur l’avant et s’est trouvé sur sa route. »

SMS HELGOLAND

Le 10 février 1916, l’équipage du Monge est prisonnier en Bohême au camp de Deutsch-Gabel

Il adresse un courrier à la veuve du commandant MORILLOT :

« Madame, Malgré l’éloignement, nous joignons notre douleur à la vôtre pour pleurer la mémoire de celui qui restera malgré tout notre commandant. Frappé par un coup du destin alors que la victoire souriait éclatante, le commandant MORILLOT est mort en héros après avoir fait l’impossible pour sauver son navire et son équipage. Pur et noble exemple de bonté, de travail, de courage et de vaillance, tous nous l’aimions, mais combien en mille il savait nous le rendre. De toujours nous en souvenir nous faisons le serment. Veuillez recevoir, madame, l’hommage de notre profond respect. » L’équipage du Monge.

Équipage du Monge au camp de Deutsch-Gabel

Tango victime malgré lui !

« Tango était un petit chien de race plus ou moins arabe qui un jour, à Bizerte, avait suivi un second maître rentrant à bord. Tout de suite adapté à sa nouvelle existence, il se montra excellent marin, et de bonne garde au mouillage. Quand on naviguait à découvert, il se portait le plus de l’avant possible, aboyait aux lames et flairait la terre à travers les embruns. Tango avait plus spécialement adopté le commandant qu’il suivait toujours. Et c’est parce qu’il disparut avec lui qu’il m’a semblé permis d’associer le souvenir du pauvre animal à celui d’un héros »

Cette conférence animée par François-Xavier DELARMINAT petit fils de l’épouse de Roland MORILLOT et Hervé LAMBERT de la SAM2G, nous ont permis de mieux percevoir un aspect méconnu de la Grande Guerre par les documents personnels et familiaux portés à notre connaissance. D’autre part, le Premier-Maître David MEURIC nous a évoqués grâce à son expérience la vie quotidienne des sous-mariniers et la particularité de la vie dans l’exiguïté de ces navires. Le public n’a d’ailleurs pas été avare de questions.

Un grand merci à nos intervenants pour cette intervention historique de qualité.